mercredi 14 janvier 2009

Preh est la solution

Un changement de système est nécessaire: PREH est la solution

Haïti, comme tous les autres peuples, connaît, au cours de son évolution, des moments entrecoupés de périodes de grandeur et de décadence. L’histoire de l’humanité est jalonnée de temps sombres et des instants de prospérité. Tout peuple, toutes les nations sont traversées par des crises plus ou moins aiguës qui ont parfois occasionné d’énormes atrocités, de misères horribles, des maladies endémiques ou des épidémies décimant des populations entières. Il y a plus récemment cent ans, la famine ravageait la France. Plus récemment, en 1945, la guerre détruisait 75 % des infrastructures de l’Europe, elle comptabilisait des millions de morts. Cependant, ces moments sombres, ces années ténébreuses, ces moments de crise ont fini par être résorbés, les obstacles surmontés et la paix, la prospérité, reviennent.

De nos jours, c’est le tour de la première République noire de confronter à des problèmes structurels qui paraissent insurmontables. Le pays de Dessalines traverse l’un des moments les plus sombres de son histoire; une crise multidimensionnelle qui fait dire aux observateurs étrangers qu’Haïti n’existe pas (1). Une catastrophe nationale guette l’ancienne perle des Antilles générant un tel désarroi chez les plus pauvres, un tel désespoir dont l’ampleur semble dépasser l’entendement général y compris la capacité des dirigeants actuels d’apporter des solutions profondes et durables, entamer un véritable chantier de la reconstruction nationale.

Si les autres peuples ont pu surmonter leurs difficultés, trouver des solutions aux maux confrontés, s’ils parvenaient à résoudre leur crise, Haïti semble submergé définitivement dans sa situation par l’absence des offres correspondant aux demandes formulées par les populations. Cependant, de nombreux écrits, de discours, d’articles de journaux et, surtout les œuvres des écrivains haïtiens, relatent dès la création de la nation des signes de la déchéance.

Le regard critique des écrivains.

C’est dans ce cadre là que les écrivains haïtiens déclarent que la logique du pouvoir en Haïti est synonyme de barbarie, de l’autoritarisme au mépris de tout principe élémentaire d’un Etat de droit. En effet, les mœurs politiques ont toujours été une cible de choix que l’écrivain haïtien Fernand Hibbert traitait d’ « opérette sanglante ». De même que celle de la plupart des autres pays d’Amérique latine ou des Balkans, l’histoire politique d’Haïti se présente comme une alternance de périodes de despotisme plus ou moins sanguinaire avec des intervalles d’anarchies plus ou moins destructrices, ce qui a poussé Rodolphe Charmant de constater amèrement dans La vie incroyable d’Alcius que : « l’histoire d’Haïti, celle dont nous avons d’être fiers (car c’est la plus belle qu’il y ait eu dans le monde), s’arrête au premier janvier 1804 ». Pour ces écrivains, ces formes de gouvernement sont qualifiés de stériles pour n’avoir rien fait pour les masses mais toujours au service des plus forts au détriment des plus faibles.

Si la politique fait la convoitise de plus d’un, cela tient d’abord à ce qu’elle constitue l’industrie principale du pays. De ce fait, elle est un but, la justification ultime de l’expression personnelle. Ces mêmes intellectuels qui avaient célébré et rappelé aux étrangers l’épopée haïtienne, l’héroïsme et l’abnégation des esclaves qui s’étaient libérés aux prix d’effroyables sacrifices, accusent leurs compatriotes d’avoir perpétré l’esclavage de facto sinon d’avoir pris la place des colons de jadis : « Aux colons barbares a succédé, trop souvent, hélas ! le despote sanguinaire sorti de nos rangs, de notre sein », constate en 1902 un personnage du roman de Frédéric Marcelin, La Vengeance de Mama.

En 1925, dans Un peuple d’esclaves, Etienne Charlier est encore plus catégorique de constater qu’: « Après l’esclavage du nègre par le blanc, ça été l’esclavage du nègre par le nègre ». Comme Auguste Magloire en 1908, dans Etudes sur le tempérament haïtien : « On ne pense pas assez qu’un pays peut-être colonisé autant par ses propres nationaux que par des étrangers ». Quant à Jean Price-Mars, il n’a donc pas été le premier, dans sa Biographie d’Antenor Firmin publiée en 1964, à accuser les Haïtiens d’avoir trahi les idéaux des fondateurs de la nation en reproduisant une société injuste.

Mais il l’a fait avec une impressionnante indignation : «qu’avons-nous fait de cet héritage glorieux si ce n’est qu’une suite d’abdications, une monstrueuse moisson d’iniquités ? », se demande-t-il. Ainsi Jean-Baptiste Cinéas critique dans L’Héritage sacré « notre paradoxe de pays où une fausse bourgeoisie, congestionnée de morgue, se croit dans sa stupide vanité d’essence divine et s’octroie tous les droits, tous les privilèges, sur une masse dure au travail, mais avilie par la misère et l’ignorance ».

La situation est telle que le poète Charles Moravia, dans un article de 1915, La foi haïtienne, publié à peine un mois après l’occupation américaine, détaille en ces termes les méfaits de la classe dirigeante : « Silence, silence, vous, gens des villes, égoïstes forcenés. Taisez-vous, hommes monstrueux ; regardez autour de vous, voyez les prolétaires, voyez la masse du peuple, voyez vos frères des campagnes ; c’est sur eux qui, en plein vingtième siècle, sont taillable et corvéable à merci, esclaves des voleurs érigés en sergents de police et qui les ruinent, les exploitent, les tuent, les louent comme des bêtes de somme à tant par semaine, qui les traquent, les empêchent de travailler et de s’élever dans l’échelle social ».

Le romancier Victor Mangones abonde dans une métaphore : « ce que pourrait dire la statue qui parle, imagine qu’une nuit la statue de Dessalines, le libérateur, s’anime et harangue les haïtiens : peuple infâme ! Pourquoi vous ai-je crée une patrie, oui, pourquoi ? Quelle tristesse et quel dégoût vous m’inspirez ! (...). Du bruit, de la parade, du discours..., de grands mots inopportuns, ressasser vos fiers souvenirs historiques, voilà vôtre ! ...Extirpez plutôt le vice de vos âmes, cessez de salir vos consciences dans les basses intrigues et les ignominies de la politique (...). Vous n’y avez jamais pensé, canaille ! ».

Roger Gaillard, à juste titre s’écria : «République exterminatrice ». Emile Olivier, pour sa part, écrit : « Il faut repenser la nation haïtienne ». Et Paul FARMER de se demander :« Haïti PARA QUE ». C’est-à-dire, depuis près d’un siècle la problématique du blocage du pays a été posé par les générations d’avant et elle reste entière. La question de la responsabilité collective n’a jamais trouvé une réponse adéquate. C’est ce qui vaut la critique outrancière de certains sociologues étrangers estimant qu’Haïti n’est pas une nation. Certains de nos compatriotes admettent qu’Haïti est une terre de passage, de dirigeants nomades, une cité en quête incessante de véritables sédentaires.

Disons tout simplement qu’Haïti a un héritage colonial, esclavagiste faisant de lui, à priori, un enfer qu’il faut fuir. Ignorant qu’il revient aux Haïtiens l’obligation de transformer cette terre en un oasis hospitalier à tous, c’est-à-dire un univers viable par ses fils et filles, les Nantis et au nom du statut quo social ont tout mis en œuvre pour réduire l’existence en dessous de sa plus simple expression. Encore aujourd’hui, c’est-à-dire plus de 22 ans après la chute des Duvalier, les dirigeants haïtiens conservent la même spontanéité : amasser des devises pour aller jouir à l’étranger.

Les conséquences de cette irresponsabilité.

Dans cette logique, la jeunesse haïtienne, tout comme les plus pauvres, se donne pour ultime alternative, le départ à l’étranger. Ainsi le pays s’est vidé de ses forces vives, de sa vigueur, de son savoir-faire et de toutes ses forces créatrices de richesses. La notion de travail qui généralement rend la vraie liberté à l’homme y perd son sens et le chômage s’installe.

Face à l’oisiveté de la classe dirigeante, les citoyens répondent par la passivité, s’instrumentalisant la culture de la richesse facile. Certains de nos compatriotes se livrent carrément dans des activités jadis répréhensibles tels que l’assassinat à vue d’œil et le kidnapping se généralisent. L’inexistence et la dégradation des conditions matérielles réduisent l’espérance de vie à moins de 50 ans pendant qu’elle ne cesse d’augmenter dans les autres pays. Une situation génératrice de suspicion générale, de la superstition, d’irrationalité, d’archaïsme, etc., s’installe derechef dans notre société.

Toute mort subite est assimilée au fétichisme « yo mangé li ». Tandis qu’à l’heure actuelle, toute préoccupation humaine a une réponse scientifique appropriée. Au fur et à mesure que les conditions de vie se dégradent, naissent tout un tas de phénomènes aussi rétrogrades que barbares. D’où certains néologismes : Bondié bon, pito nou lèd nou la, espwa fè viv, kris kapab. Sans négliger l’apparition de l’idée de messie, d’un sauveur, d’un homme omnipotent s’incarnant en lui tout seul, toute la force du changement, constitue un terreau propice au populisme, à la démagogie, à la gabegie, à la dictature et produisant du coup, de nombreux « vendeurs de misères, de pays ».

L’irrationalisme ajouté à la paupérisation générale conduit au non respect de la vie humaine, ce qui remet en cause le principe même de notre communauté de nation. Jadis les paysans s’organisaient dans le coumbite, s’entraidaient et résistaient ainsi à l’appauvrissement. Ainsi ils perpétuaient la vie dans un minimum de décence et de dignité. Même cette tradition est en voie de disparition. Le pays rentre donc dans un processus de perte de valeur. Les structures familiales sont éclatées. Le processus de transmission de patrimoine est violenté et déréglé. Le phénomène du kidnapping prend naissance désormais au sein des cellules familiales menaçant d’abord les membres de la famille. La notion de respect devient désuète, le respect des vieux, de la tradition et le respect pour les morts deviennent un sujet du passé.

Le patriotisme n’alimente plus les discours; le civisme a disparu dans les manières d’être ou dans nos habitudes quotidiennes. Il a cédé la place au bovarysme collectif, c’est-à-dire l’être disparaît au profit du paraître. Pour certains haïtiens, détruire l’autre pour atteindre l’opulence est une normalité. C’est la symbolique du vautour se nourrissant allègrement de carcasses putréfiées de ses pairs. Par exemple, Haïti, le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidentale, possède plus de voitures de luxe que les autres pays de la Caraïbe. Ce bovarysme institutionnalisé génère un coût de vie excessif qui dépasse la réalité économique du pays. Ce qui perpétue le marché noir au détriment de l’économie formelle, du commerce, donc de la politique économique responsable. Ce qui a engendré aussi la déchéance de toutes les structures sociales, institutionnelles du pays : La famille, la patrie, la nation, le respect des traditions, etc.

Un sentiment de non appartenance nationale émerge

Qu’est ce qui explique notre préférence, comme l’a si bien dit Desrose, « des produits importés aux produits nationaux ? ». Comme il a été posé dans un article du journal Le Matin en date du 24 juin 1937 : « Nous avons conservé en nous une détestable hérédité servile. En tout, il nous faut copier l’étranger ... Au diable ! Soyons une fois au moins nous-mêmes ... ». Cette attitude néfaste, entraîne aujourd’hui la fermeture des usines, la baisse de la croissance, l’appauvrissement de l’Etat avec pour corollaire le développement de la misère, des boat people et des Braceros. Même les gens avertis rentrent dans cette négation nationale au détriment du travail local, de la production nationale, de l’artisanat et du savoir faire local, bref de l’économie nationale au profit de l’importation et de la sous-traitance.

L’importation des produits qui sont assez souvent classés comme produits avariés et rejetés comme tels : viandes, pèpè, produits pharmaceutiques, condamnent notre pays à la dépendance internationale. Notre attitude ajoutée à la corruption chronique de l’administration publique conduit d’une part à la faillite des entreprises publiques et d’autre part à l’obligation de privatiser ces entreprises qui constituent les seuls créneaux par lesquels l’Etat redistribuent les maigres richesses nationales. Ces entreprises étant la dernière bouffée d’oxygène dont dispose la société pour empêcher l’asphyxie totale de l’économie. Alors que le monde va en modernisant ses structures sociales et étatiques et s’engageant dans la voie de la globalisation de la production, l’internationalisation du marché, Haïti s’embourbe dans le marasme économique, le traditionalisme.

Sur le plan politique, Haïti a échoué. Nos aïeux ont pris l’indépendance et créa par la suite la République. La constitution de la nation, la communauté politique solidaire et responsable n’a cependant jamais fondée. Au lendemain de l’indépendance, des querelles internes des luttes intestines, fratricides ont miné toutes les velléités fondatrices d’une grande nation solidement unifiée. La division ronge les entrailles haïtiennes à tel point que les haïtiens n’ont jamais pensé à bâtir un système sociopolitique garant de la pérennité du pays.

Il est en même temps possible et aberrant de constater que des Haïtiens relégués et abandonnés au fin fond des campagnes n’ont subi aucune transformation, ni aucune progression sociale et politique depuis leur exportation des villages ruraux d’Afrique. De père en fils, ils reproduisent les mêmes misères dans les mêmes conditions. Près de deux tiers des Haïtiens constituent une catégorie de laisser- pour-compte qui jouent les marionnettes aux élections programmées. Il n’y a jamais de politique nationale, ni de plan de développement global du pays. Les gouvernements successifs, souvent promus par les généraux de Port-au-Prince et aujourd’hui par la Minustah, se sont toujours accaparés de l’appareil d’Etat pour leur usage personnel et exclusif, écartant ainsi l’ensemble des citoyens des affaires publiques les concernant. Toute tentative de révolte est réprimée dans le sang. Toutes revendications même modestes et minimales sont qualifiées de subversives et perfides, donc répréhensibles.

L’existence haïtienne évolue dans un contexte d’antagonisme continu et pervers : Nègres et Mulâtres, Riches et Pauvres, Francophones et Créolophones, Citadins et Campagnards, Partisans et Opposants, Chrétiens et Vaudouisans, s’affrontant éternellement sur des détails stériles. Ce dualisme jalonne toute l’histoire politique d’Haïti, par exemple : Parti National contre Parti Libéral, Macoutes contre Progressistes, Patripoches contre Patriotes ; cette division ne fait que miner tout espoir de développement d’Haïti. N’est ce pas dans ce sens que le Dr. Eddy Arnold Jean a repris dans son histoire littéraire d’Haïti les propos de Claude Moïse : « Tous les courants politiques et idéologiques haïtiens se manifesteront avec la crise de 1843 : libéralisme, militarisme, nationalisme, colorisme et séparatisme accompagnent, stimulent les rivalités de clans, les conflits d’intérêts de différentes catégories sociales en lutte pour le pouvoir ».

Ajoutons à cela l’exclusivisme, le populisme, l’autoritarisme, l’arbitraire au détriment du droit, la force au lieu de la dissuasion, l’individualisme opposé au groupe organisé et le clientélisme constituent les seules pratiques politiques en Haïti. En résumé, depuis l’indépendance, Haïti n’a connu aucun système politique capable de réaliser les transformations sociales de l’homme Haïtien afin de l’élever à la dignité de son être. Au contraire, il ne fait que reproduire des éléments négatifs contraires aux valeurs de la République tels que la discorde, la désunion, la guerre civile, les intrigues politiques, les coups bas, complots, assassinats, la traîtrise, la corruption, les préjugés et complexes.

Un changement de système est possible : PREH a la solution

A ce propos, peut-on espérer une nouvelle manière de faire la Politique ? Cette question interpelle la conscience de tout haïtien qui souhaite un changement profond dans nos mœurs, nos pratiques politiques, car en dehors des termes évoqués plus haut la situation est plus grave encore. En effet, le dysfonctionnement des institutions haïtiennes conduit à l’inefficacité de la représentation diplomatique, à l’inexistence d’un système de santé, à la politique sanitaire, à la régulation de la natalité enfantine, au contrôle démographique, à la protection sociale, à l’éducation, à la protection de la jeunesse et de l’enfance, à l’assurance vieillesse et maladie, à la politique de l’emploi. Cette carence explique l’absence d’une politique véritable en matière de l’industrie, de la réforme agraire, de la modernisation de l’agriculture, de l’irrigation, du reboisement, de la protection de l’environnement et de l’urbanisation, la politique énergétique, l’infrastructure ( routes secondaires et interurbaines, le transport en commun, la politique de l’habitat, la mise en place d’un système de communication tels que : la poste, le téléphone ,etc.

Aujourd’hui, 205 ans après l’indépendance, le constat est lamentable, le devenir de la nation est hypothétique. Ceci dit la problématique d’une alternative sociale fondée sur de nouvelles valeurs est désormais posée. C’est dans cette optique que notre génération, consciente du devoir incombant à chacun de nous, femmes et hommes, jeunes et vieux, citoyens de l’intérieur comme de l’extérieur, se donne l’obligation de réfléchir profondément afin de proposer une alternative résumée à travers le Parti Reconstruire Haïti – PREH dans lequel ils doivent prendre une part active dans le cadre de la reconstruction d’une Haïti à la hauteur de son histoire.

JAC

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